De l’usage des concours du secondaire pour accéder au supérieur

Hier je suis tombé sur ce post diffusé par Ciel mon doctorat, à propos de l’affectation dans le secondaire d’un ou une future doctorante :

http://cielmondoctorat.tumblr.com/post/163827438180

Tout en me disant, « je vais encore me faire des amis sur Twitter… », j’ai commenté ce post ainsi :

 

Ces deux tweets diffusés en mode « demi-troll » n’ont, à ma grande et agréable surprise, occasionné aucune des réactions désagréables, agressives ou insultantes qui prennent parfois le dessus sur les échanges constructifs sur Twitter.

Au contraire j’ai reçu beaucoup de réponses qui témoignent des difficultés et tensions qui existent autour, non seulement de la question du recrutement dans le supérieur, mais aussi du mode de recrutement des doctorants, des hiérarchies plus ou moins implicites dans le secondaire, les différences de fonctionnement des disciplines, etc.

Plutôt que de répondre par une longue série de tweets, il me semble plus facile de le faire avec un billet de blog : même rédigé rapidement, il me semble que cela laisse un peu plus de place à la nuance…

Ceci n’est pas un ou une précaire

Comme l’a très bien résumé André Loez, tant à propos de mes tweets initiaux qu’à propos des réactions multiples qu’ils ont entraînés :


Évacuons d’emblée l’une des raisons initiales pour lesquelles ce type de discours m’agace profondément : si la précarité existe réellement dans l’enseignement supérieur, ses victimes ne sont pas les titulaires de concours de l’enseignement secondaire.

Entendons-nous bien : je comprends bien entendu que, titulaire d’un doctorat et d’un concours du secondaire, un candidat aux métiers du supérieur puisse être frustré de ne pas réussir à obtenir un poste permanent à l’université.

Mais, enchaîner les postes dits « précaires » (ATER, vacations, postdoctorats…) lorsque l’on dispose d’un réel filet de sécurité, celui qui consiste à devoir prendre un poste dans le secondaire si l’on ne trouve pas d’emploi dans le supérieur, ce n’est pas être précaire, c’est être fonctionnaire.

Certes, le métier d’enseignant est difficile, de moins en moins bien rémunéré et il fait l’objet de trop de dénigrements (auxquels participent les discours de ce type…). Mais, être précaire dans le supérieur, ce n’est pas se dire « qu’au pire j’irai dans le secondaire ». C’est plutôt se demander si la fin du prochain contrat ne conduira pas à Pôle emploi ; si les fins de droits n’arriveront pas trop vite ; si les vacations seront vraiment payées à la fin de l’année ; si l’on a le temps d’attendre plusieurs campagnes de recrutement infructueuses avant d’envisager une reconversion dans le privé, etc.

<aparté>En outre, mais c’est un autre débat, entrer dans le supérieur après plusieurs années de contrats plus ou moins courts, des vacations, des contrats de droit privé (y compris pour des institutions publiques), etc. cela implique de passer devant une commission de reclassement qui jugera du volume de la reprise d’ancienneté. Être recruté dans le supérieur après la même durée d’exercice comme enseignant du secondaire, en détachement ou non, c’est bénéficier des dispositions du statut et d’une reprise totale de l’ancienneté. La précarité, ça se paye aussi sur le long terme…</aparté>

Vous conviendrez aisément qu’entendre des « je ne sais pas ce que je vais devenir l’année prochaine » de la part de camarades certifiés ou agrégés lorsque vous êtes doctorant-e ou postdoctorant-e précaires, cela peut susciter quelques agacements…

Ceci étant dit, passons à la deuxième source d’agacement : le rapport de certaines doctorants aux concours du secondaire.

Ici il faut prendre le temps de décomposer les questions car les nombreux tweets reçus sur ces questions soulignent à quel point la situation peut être différente d’une discipline à une autre.

En outre, ils permettent de prendre la mesure des multiples problèmes que posent le rapport aux concours du secondaire – au moins dans la discipline que je connais le moins mal, l’histoire.

Passe ton concours d’abord !

En histoire (mais pas seulement, on a pu constater que c’est aussi le cas dans d’autres disciplines : en anglais ou en littérature par exemple), il est quasiment impossible d’accéder à un emploi de maître de conférences sans avoir passé les concours du secondaire, et en particulier l’agrégation.

Je pense que nous sommes nombreuses et nombreux à avoir assisté à des anecdotes du type :

En commission de spécialiste/comité de sélection, on commence par classer les dossiers en trois piles : les agrégé-e-s ; les certifié-e-s ; les sans concours. La troisième pile part directement à la poubelle…

Bien entendu, cela ne se passe pas toujours d’une façon aussi explicite et caricaturale – en outre, les concours du secondaire n’étant pas légalement requis, un tel procédé ne saurait être officiel puisque cela permettrait d’opérer des recours…

Néanmoins, lorsque l’on s’engage dans une thèse d’histoire avec pour ambition d’enseigner dans le supérieur, on est généralement vite prévenu : sans agreg’ il sera quasiment impossible d’être recruté comme MCF.

C’est la raison pour laquelle beaucoup de directrices et directeurs de thèse incitent fortement leurs doctorant-e-s à passer les concours, voire à refuser d’inscrire un-e candidat-e au doctorat s’ils ne sont pas titulaires d’un concours du secondaire.

Or, c’est là qu’une ambiguïté fait son apparition : passe-t-on les concours du secondaire en visant exclusivement le supérieur ? ou parce que tout en espérant (ou non) arriver dans le supérieur, on souhaite devenir enseignant dans un premier temps ?

Indépendance financière et apprentissage du métier d’enseignant

Dans la première perspective, celle qui explique en partie l’usage traditionnel des concours du secondaire comme critère implicite de sélection, il y a l’idée d’un maître ou une maîtresse de conférences devant être immédiatement opérationnelle.

De fait, un ou une MCF recrutée au printemps prend généralement connaissance de son service autour du mois de juin et doit être en mesure d’assurer, sans formation complémentaire particulière, l’intégralité de ses enseignements dès le mois de septembre.

<aparté> C’est une question qui dépasse largement l’objet de ce billet, mais la question, fondamentale, de la pédagogie dans l’enseignement supérieur est rarement investie comme elle devrait l’être. Certes, il existe désormais des initiatives institutionnelles visant à valoriser des engagement pédagogiques, tandis que la dernière révision du décret de 1984 prévoit des décharges destinées à la formation des enseignants du supérieur, mais on est encore loin du but… Pour aller plus loin sur ces questions, le blog d’Amaury Daele, Pédagogie universitaire, ainsi que le wiki de pédagogie universitaire lancé par Gabriel Galvez-Behar, Alma mater studiorum </aparté>

Il est donc tout à fait compréhensible que, toutes choses égales par ailleurs, une commission de recrutement privilégie un ou une candidate ayant une expérience d’enseignement plus importante que ses concurrents. Finalement, l’ESR sous-traite ainsi en quelque sorte la formation de ses recrues à l’Éducation nationale. C’est aussi un héritage de longue durée, lié à l’organisation du doctorat avant la réforme de 1984 (le corps des maîtres-assistants – remplacé par celui des MCF par la réforme – était alors accessible aux titulaires d’un doctorat de 3e cycle mais aussi aux agrégés) ; et au cursus honorum des grands noms de la discipline :  agrégation, professeur de lycée, puis entrée dans le supérieur à l’occasion de l’inscription en doctorat… Sans oublier les effets de corps et les plus prosaïques « si ça a été dur pour moi, ça doit l’être pour les autres ».

Toujours est-il que, dans cette logique, le passage du concours revient à assurer un revenu aux doctorants réalisant leur thèse tout en enseignant dans le secondaire, et un apprentissage qui pourrait s’avérer fort utile en cas de recrutement dans le supérieur.

La question du revenu n’est pas anodine : dans le contexte actuel – qui n’est pas parti pour s’arranger – d’une pénurie de postes dans le supérieur, beaucoup de directrices et directeurs de thèse, mais aussi plus largement d’écoles doctorales et de laboratoires s’interrogent sur l’opportunité qu’il y a à continuer de produire des docteur-e-s destinés à renforcer les rangs des « sans-postes ».

Tant qu’une solution institutionnelle vraiment efficace ne sera pas trouvée à la sortie, c’est à l’entrée que les acteurs de terrain soucieux de la situation matérielle de leurs doctorants tenteront de réagir.

Dans des disciplines scientifiques comme la biologie, cela passe par une forme de sélection qui consiste à ne pas inscrire de doctorants s’ils n’ont pas de financement (contrat doctoral, convention CIFRE, etc.).

En histoire, de façon informelle, cela passe de plus en plus par le refus d’inscription de candidats sans rémunération régulière, celle-ci étant le plus souvent résumée à l’obtention préalable d’un concours du secondaire. D’autant que, pendant comme après la thèse, il faut bien manger :

Or, c’est là que le choix assumé de s’assurer une certaine sécurité laisse parfois la place à un autre rapport aux concours du secondaire…

Carte de visite et ligne sur le CV

Cela renvoie à la première perspective citée plus haut : le concours du secondaire avec pour seul but le supérieur. Puisque les concours – et l’agrégation en particulier – constituaient un passage obligé de longue date, on a vu peu à peu se développer une autre forme de cursus honorum : celui qui consiste à passer les concours en espérant ne jamais-ô-grand-jamais mettre un pied dans le secondaire…

Une telle situation pose, à mon sens, toute une série de problème.

D’abord, elle génère un volume de frustrations non négligeable parmi celles et ceux qui, faute de poste après une thèse réalisée en détachement dans le supérieur, se voient notifier leur affectation dans le secondaire. En outre, cela peut potentiellement poser aussi un problème de compétences. Il y a certainement beaucoup à redire quant à la formation des enseignants, mais passer l’agreg et la valider en deux ans d’enseignements en master prépare certainement moins au métier de prof. d’histoire-géo que l’année de stage et de formation à l’ESPE.

Ensuite, cette situation fausse totalement l’objectif de sélection des MCF cité plus haut. Que l’on partage ou non le point de vue des défenseurs du passage par le secondaire, l’idée était qu’une expérience de plusieurs années face à des élèves de collège ou de lycée permettait – sinon de former au métier d’enseignant du supérieur – au moins de s’assurer que les candidats seraient en mesure de « tenir » leurs groupes de TD. En réalité, il s’agit plus souvent de cocher la case « agrégation » – témoignage de l’érudition des candidats – que d’avoir une véritable expérience d’enseignement. Or, je ne suis absolument pas convaincu du fait que le parcours <concours + 3 ans de monitorat + 1 an d’ATER> serait plus formateur le parcours <pas de concours + 3 ans de monitorat + 1 an d’ATER>. Pourtant, aujourd’hui, le second cas aurait extrêmement peu de chance d’obtenir une audition pour un poste de MCF.

Enfin, obtenir un concours du secondaire pour immédiatement demander un détachement pour faire sa thèse sous contrat doctoral, c’est sans conteste poser un problème de gestion des ressources humaines enseignantes dans le secondaire.


Chaque année le ministère ouvre un certain nombre de postes au concours, non pas en vue d’alimenter la population des doctorants contractuels avec charge d’enseignement dans le supérieur, mais pour pourvoir des postes dans des collèges et des lycées.

Or, sans même parler des problème de respect des procédures de demande dispo/détachement, les rectorats peuvent très légitimement considérer qu’il sera plus pertinent d’attribuer un poste à une personne venant de passer le concours plutôt que de recruter des vacataires sans concours, sans formation pédagogique et parfois sans formation initiale dans la discipline enseignée (un témoignage ici).

Les témoignages que j’ai pu lire – sur twitter notamment – concernant l’académie de Versailles sont généralement contradictoire quant aux difficultés à obtenir des détachement aux néo-titulaires des concours. Ce qui est certain en tous cas, c’est que c’est l’une des académies où la pénurie d’enseignants est régulièrement soulignée par les syndicats et la rentrée 2017 ne devrait d’ailleurs pas déroger à la tradition. Ne serait-il pas des plus légitimes que le rectorat y réfléchisse à deux fois avant d’accorder des détachements ou des mise à dispo. ?

Comme le dit @G_I_G_l75 :


Bien entendu, je partage tout à fait le point de vue qui m’a été opposé quant aux inégalités entre normalien-ne-s et autres titulaires des concours. Il faut néanmoins noter que jusqu’en 2009, il ne s’agissait pas de décisions arbitraires des rectorats, mais d’une disposition spécifique du décret de 1989 qui consistait en l’ouverture d’allocations de recherche couplées à des monitorats spécifiquement destinées aux normaliennes et normaliens (voir le titre II du décret pour plus d’infos).

Pousse-toi de là que j’m’y mette !

Il y a un dernier problème important à relever. Comme le soulignent plusieurs participantes à ces échanges sur Twitter, au-delà des décisions individuelles de directrices et directeurs de recherche, voire de laboratoires concernant l’inscription en doctorat, c’est parfois la possibilité même d’obtenir un contrat doctoral qui est soumise à l’obtention d’un concours du secondaire :

Ce n’est pas totalement généralisé en histoire, mais ce type de pratiques existent et elles ne peuvent qu’aggraver la série non-exhaustive de problèmes listés au fil des paragraphes précédents :

–  Elles contribuent à mettre encore plus en marge des profils dits « atypiques » qui pourraient être une véritable chance pour l’université ;

– Elles poussent certains candidats au doctorat à passer des concours dont la première vocation est de les mener à un métier qu’ils ne souhaitent pas exercer.

– Elles compliquent considérablement la vie de celles et ceux qui décident néanmoins de se lancer dans l’aventure doctorale, quitte à l’auto-financer par un emploi alimentaire ou par la recherche de prix et bourses diverses (qui ne compteront pas en cas de recrutement, qui ne donnent souvent lieu à aucune cotisation sociale, etc.)

Réserver ce type de financements à des candidats qui n’auraient justement pas les concours du secondaire me semblerait ainsi tout  à fait légitime, mais j’ai aussi tout à fait conscience qu’une telle proposition ne saurait faire l’unanimité…

Un besoin urgent de clarifications

De quoi témoignent les discours du type de celui qui est cité en tête de ce billet finalement ? À mon sens, il témoigne d’un besoin urgent de clarification.

À titre personnel, je suis tout à fait opposé à l’utilisation de l’agrégation comme principal critère de sélection, et a fortiori quand ce critère est appliqué sans aucune véritable attention aux compétences pédagogiques des candidats.

En ce sens je partage tout à fait le point de vue de Frédéric Clavert :

À charge pour celles et ceux qui, comme moi, ont eu la chance d’obtenir un poste sans avoir passé les concours du secondaire, de refuser d’appliquer un tel critère dans les comités de sélection auxquels ils participent, et de considérer les expériences d’enseignement et les compétences pédagogiques dans leur ensemble.

Mais tant qu’un tel critère continuera d’être appliqué, cela supposera d’informer clairement les doctorants qui s’engagent en thèse sans concours des risques auxquels ils s’exposent quant au recrutement académique. Non qu’il faudrait les décourager ou les empêcher de réaliser un doctorat, mais plutôt qu’il faudrait les encourager à « assurer leurs arrières », notamment en pensant aussi leurs thèses dans la perspective d’une reconversion vers d’autres secteurs d’activité.

Cela veut aussi dire qu’il faut dire et répéter aux titulaires des concours du secondaire qu’à un moment ou à un autre, ils ont de réelles chances… d’enseigner dans le secondaire. Ici encore, cela ne veut pas du tout dire qu’il faudrait les empêcher de faire des thèses. D’autant plus que, comme le souligne Denis Colombi :

Mais  tout faire pour éviter une affectation dans le secondaire et demander un détachement/une dispo. après avoir exercé comme enseignant me semblent être des démarches tout à fait différentes… Et la question soulevée ici par Denis concernant beaucoup plus la question des évolutions de carrières des enseignants et celle de la reconnaissance du doctorat comme participant de leur formation continue… il me semble que c’est le moment de conclure ce billet déjà trop long par deux/trois propositions de solutions-miracle :

– suppression de l’agrégation externe et des ENS, fusion des corps de certifiés et d’agrégés dans le secondaire ; maintien d’une forme d’agrégation interne pour la progression de carrière (accès aux prépa. postes de prce/prag etc.)

– réservation des financements type « contrat doctoral » aux candidats non titulaires des concours du secondaire ; et financement des doctorats des enseignants du secondaire via la formation continue (décharge partielle ou total sur une durée limitée par exemple)

– mise en place d’un réel plan de recrutement pluriannuel ET de revalorisation salariale dans le secondaire et le supérieur….

Facile non ?

 


Crédit image de une : « classroom » by Victor Björkund en cc sur Flickr (2013)

Print this pageTweet about this on TwitterShare on Facebook0Buffer this pageShare on Google+0Digg thisEmail this to someoneShare on Tumblr0Share on LinkedIn14Flattr the authorShare on StumbleUpon0Share on Reddit0Pin on Pinterest0

15 réponses sur “De l’usage des concours du secondaire pour accéder au supérieur”

  1. Prof de philo dans le secondaire je peux témoigner que l’inspecteur en charge de mon académie est très remonté contre les jeunes collègues qui refusent de prendre leur poste en lycée pour aller dans le supérieur, ce qui force à courir après les contractuels.

    On peut ajouter que le motif « thèse » se combine au motif « parisianisme » pour créer des figures de turbo-profs du secondaire qui demandent des emplois du temps sur 3 jours pour rester le moins longtemps possible dans nos mornes petites villes de provinces.

  2. Completement d’accord avec la solution!
    Si seulement on pouvait faire pression sur le Ministere pour arriver a ça!

    Pour la description, un point à souligner’: l’agreg, en philo u moins, n’a absolument rien à voir avec la pratique de l’enseignemet dans le secondaire. Avoir passé l’agreg signifie une competence certaine en histoire de la philo. Ce qui s’aligne avec l’Université française, massivement orientée vers l’histoire de la philo (la reciproque pourrait aussi se dire). Mais une expertise sur la difference entre le premier et le second Husserl ne sert à rien pour enseigner à des lycéens.
    J’aimerais bien savoir si cet écart selon moi maximal entre competences sanctionnées par l’agreg et compétences requises pour enseigner la philo au lycée existe aussi dans les autres disciplines

    1. En maths, quasi rien de ce qui est au programme de l’agreg ne figure au programme du secondaire.
      Les leçons d’oral sont consacrées à des sujets qui à de rares exceptions près (nombres premiers par exemple) ne commencent à apparaitre qu’en licence (groupes, corps, équations différentielles, fonctions holomorphes, espaces de Hilbert, transformées de Fourier…) voire en master (distributions, …).

  3. Ce billet est vraiment un bon résumé de la question, qui est de plus en plus tendue au fur et à mesure que le recrutement est déficitaire dans le secondaire. Cependant il manque un élément important pour expliquer qu’en maths par exemple, les candidats à l’agrégation ne veulent absolument pas prendre leur poste : il est quasiment impossible en maths, physique, chimie ou biologie d’être recruté dans le supérieur après avoir pris son poste dans le secondaire. Partir enseigner sur son poste signifie, en particulier en sciences expérimentales, ne plus avoir accès au matériel (paillasses, microscope, instruments de mesure….) nécessaire à l’exercice du métier. La seule chose possible est de prendre un des rares postes d’agrégé préparateur, sinon il faut demander une dispo pour un post-doc. Mais tout départ vers le secondaire après la thèse est considéré comme définitif. Je connais un seul MCF ayant enseigné dans le secondaire et il a enseigné AVANT de faire une thèse. Donc dans nos domaines, voir sa dispo refusée, et devoir prendre son poste c’est choisir entre-temps abandonner définitivement la rechercher et démissionner de son poste sans savoir si on aura un poste dans le supérieur.

    1. Merci pour ce retour, je ne connaissais pas cette situation en maths. L’un des enseignements des échanges autour de ce billet sur les réseaux sociaux, c’est la très grande disparité qui existe d’une discipline à l’autre. Les maths sont d’ailleurs aussi un monde à part car, à ma connaissance, à l’université c’est la seule discipline qui applique de façon maximaliste, tant pour les MCF que pour les PR, le refus de tout localisme

  4. Je souscris aux propositions 1 et 3.
    La 2e en revanche introduirait un biais: pourquoi quelqu’un qui vise le supérieur s’embêterait à passer un concours et faire sa thèse en parallèle d’un service dans le secondaire? La perspective de faire une thèse financée est plus alléchante.
    La 2e proposition, pour fonctionner, nécessiterait que les docteurs qui ont un concours renoncent à enseigner dans le supérieur.

    D’autre part, et je me permets de prendre mon exemple: on peut aussi changer de projet professionnel en cours de route, et souhaiter se reconvertir dans la recherche après avoir passé un concours et enseigné dans le secondaire.

    1. Oui tu as raison, dans le fonctionnement actuel cela n’aurait aucun sens, cela ne fonctionnerait que dans le cadre d’une « réforme globale ». Mais justement, si « la perspective de faire une thèse financée est plus alléchante », on passe par la filière doctorat financé, si c’est celle d’enseigner qui est attirante, on passe les concours. Et justement, ton exemple de changement de projet me semble fonctionner dans ce que je propose (bon, on est bien d’accord que ce sont 5 ligne en bas d’un billet de blog hein ! parce qu’à lire certaines réactions sur twitter on dirait que j’ai mis à feu et à sang l’EN et l’ESR…), l’idée c’est bien qu’un-e prof du secondaire puisse aussi faire thèse, etc. mais via une voie de formation continue prise en charge par l’EN. Cela implique bien sûr d’avoir passé les concours pour enseigner au départ, quitte à souhaiter changer, évoluer, faire autre chose ensuite ; et non d’avoir passé le concours d’emblée pour ne pas enseigner dans le secondaire.

      1. Entièrement d’accord avec ton dernier commentaire. Chacun devrait choisir entre secondaire et supérieur, et en fonction de cela passer ou non les concours (en laissant la possibilité de changer finalement). La situation actuelle brouille cette configuration, et à mon sens tu as pointé où se noue le problème: dans les commissions de recrutement.

        En même temps j’avais bien senti que, après un billet réfléchi et posé, tes propositions finales sont assez provocantes (suppression de l’ENS notamment), même si j’y souscrit.

      2. Ayant connu de près les affres que vous décrivez, votre post, intéressant et nuancé, m’inspire quelques remarques (qui le seront peut-être un peu moins, je vous prie d’avance de bien vouloir m’en excuser, elles ne contiennent en tout cas aucune acrimonie…)
        1/ Vous êtes bien dur avec un jeune lauréat de concours qui se voit refuser un détachement pour contrat doctoral : ces contrats sont rares, durs à obtenir, et l’histoire ne repasse pas forcément les plats. C’est un coup d’arrêt dur à encaisser, dans une petite fac, il doit être possible de faire une ou deux années de thèse en « sous-marin » tout en enseignant avant de repostuler, mais dans les grosses, l’année suivante, il y a de nouveaux candidats et on passe à l’as. Faire sa thèse en étant dans le secondaire à temps plein est un exercice très difficile : outre le fait que le lycée ne fait rien pour vous aider (faire de la recherche est culturellement mal vu dans le secondaire), il faut faire accepter à sa famille que le gros du temps libre sera distrait par la thèse (ou ne pas avoir de famille), ce qui change du tout au tout quand la thèse devient l’essentiel du travail. En outre, cela interdit les terrains de recherche éloignés. Enfin, ça ne mène pas souvent (presque jamais) au supérieur. Dans les cas que je connais (une petite dizaine), très méritants, la plupart ont essayé de rejoindre la Fac vers la fin de thèse sur un poste d’ATER, et là ils se sont heurtés à un vrai mur, soit que les postes d’ATER étaient réservés aux « insiders », et parfois même pas publiés (le DR favorisaient naturellement ceux qui travaillaient à leurs côtés depuis des années, ce qui est peut-être réprouvable en principe, mais compréhensible sur le plan humain, un peu comme le localisme…), soit que les rectorats trainaient encore plus des pieds pour détacher des profs confirmés ayant donné satisfaction. Au total, tous ont fini par aborder les candidatures « sans l’expérience du supérieur », ce que les commissions leur ont unanimement reproché, et un seul s’est casé, suite à un invraisemblable pataquès dans un C.R (il a du s’intégrer à un labo qui n’avait pas une seconde envisagé de la recruter et l’accueillait du coup sans grand enthousiasme…). Les autres se sont répartis entre concours administratifs, prépas et poursuite dans le secondaire, avec plus ou moins d’aigreur. Il faudrait que je vérifie, mais je suis quasiment sûr qu’aucun ne fait plus de recherche.
        On parle d’ »expérience d’enseignement dans le supérieur », mais derrière cela, il y a autre chose, la compréhension du fonctionnement de l’université, des procédures, des collègues (pas le plus simple…), savoir organiser un colloque, monter une demande de financement, savoir naviguer, bref, trouver sa place… Cela ne s’acquiert pas du jour au lendemain, et c’est aussi cela qui permet d’être « opérationnel » rapidement. Un département est un biotope humain compliqué, qui met du temps à intégrer un nouvel élément, cela passe par des conflits, des bouderies, des étapes, et on économise beaucoup de temps en prenant quelqu’un que l’on connaît déjà. A l’époque où j’étais candidat cela me scandalisait, mais aujourd’hui, hélas, je le comprends mieux…En outre, beaucoup d’élections à la Fac ne font que valider une succession décidée en interne et construite pendant les années d’ATER, quand les suppressions de postes ne viennent pas modifier ce bel ordonnancement : je me souviens que mon directeur de thèse m’avait dit qu’on avait raté ses années d’ATER quand on quittait la fac sans savoir où et quand on y revendrait (ce qui était mon cas…). Ce jeune collègue qui ne pourra pas prendre son contrat doctoral n’a pas forcément tort de s’inquiéter, ce n’est pas anodin du tout pour la suite… Je précise que l’argument du secondaire est parfois employé contre d’anciens AM/ATER : moi-même, au bout de quatre ans dans le secondaire après ma thèse, je me suis vu expliquer par certains que j’étais considéré comme « secondarisé » et donc plus recrutable. Plus on attend dans le secondaire après la thèse et plus cet argument du « trop tard » peut être invoqué (il existe heureusement des contre-exemple de recrutements tardifs). Bref, autant je suis d’accord sur le fait que les agrégés devraient enseigner quelques années dans le secondaire avant de postuler à un contrat doctoral, autant je reconnais que cela pose de nombreux problèmes. Je reviens aux enjeux familiaux, mais vivre d’un salaire d’AM/ATER à 25 ou à 30 ans, ce n’est pas du tout la même chose…
        2/ Dans les matières dites littéraires, l’agrégation est un préalable posé à l’inscription en thèse par de nombreux directeurs, c’est un fait : quand je me suis inscrit en thèse, mon directeur n’a rien trouvé de mieux à me dire que agrégé docteur, même avec une bonne thèse, c’était un peu juste pour devenir MCF, et que j’aurais du être plus performant à l’oral de l’ENS (à l’époque, c’était la mode pour les normaliens d’aller en fac, ça a changé depuis)… On peut trouver cela regrettable, considérer que cela biaise le sens de l’agrégation (même si il s’agit historiquement d’un concours spécifique, à cheval entre le secondaire et le supérieur, ce que le MEN n’ignore pas), mais concrètement, pour les aspirants doctorants, cela ne change pas grand chose au problème. J’ajouterai qu’à mon sens, il y a moins d’hypocrisie chez les DR qui posent ce préalable, mais se soucient de fait de l’avenir professionnel de leurs docteurs dans un contexte pas franchement porteur que chez ceux qui se piquent de ne se mêler que de la direction scientifique et considèrent que le reste est indigne de leurs préoccupations (j’en ai entendu, des « Personne ne vous a obligé à faire une thèse avec moi » lancés à des chômeurs surdiplômés de 30 ans…)… Si un jour je passe DR, c’est triste à dire, mais je pense que je ferai pareil. Cela dit, il s’agit d’une contrainte spécifique aux matières dites littéraires. En éco ou en droit, a fortiori en sciences dures, les débouchés directs après la thèse sont assez nombreux pour limiter le problème.
        3/ Là où je suis franchement en désaccord avec vous, c’est que je considère que l’agrégation est une excellente formation. D’une part car elle oblige à acquérir une approche généraliste, et d’autre part car elle apprend à travailler et à faire un cours. A mon avis, pour devenir MCF, il devrait être obligatoire sinon de l’avoir (comme tout concours il y a une part d’aléa), au moins de l’avoir préparée: c’est là que devrait intervenir la clarification. Les « profils atypiques » dont vous faîtes l’éloge, là aussi, j’en ai rencontré quelques-uns, qui effectivement n’étaient pas agrégés ou certifiés : la plupart étaient des profils CNRS échoués en fac, mal à l’aise dès que l’on les éloignait de leur domaine de spécialité. A l’heure où, dans les petites facs, il faut garder les étudiants et proposer des enseignements généralistes en premier cycle, ces profils sont un luxe hélas un peu exhorbitant (cela fonctionne mieux dans les gros départements, où on a besoin de profils variés, mais dans les matières littéraires, de gros départements, il y en a de moins en moins…). J’ai rarement croisé des universitaires qui soient de bons enseignants sans être passé par l’étape concours (il y en a évidemment, mais j’ai vu la plupart vider consciencieusement les amphis et s’en étonner). J’ajoute que l’agrégation me paraît plus apte à légitimer un niveau d’enseignement qu’un doctorat (il est rare qu’un poulain bien défendu par son directeur ne s’en sorte pas, je me souviens de certaines soutenances assez hallucinantes) ou qu’un concours de recrutement de MCF, dont certains son terriblement biaisés de diverses manières, notamment dans la matière qui vous est chère… (je n’ouvre pas le sujet…)
        4/ J’en viens à vos propositions, qui pour être cohérentes, annoncent à mon avis, hélas, une partie de l’évolution future… Je passe rapidement sur la troisième : un plan de recrutement dans le supérieur et une revalorisation de la condition universitaire, on peut toujours rêver… Dans la technostructure française, on considère que les universitaires ont perdu la guerre en 2009, et que l’autonomie les neutralise de manière indolore, en les obligeant à gérer eux-mêmes la pénurie tout en offrant la possibilité diviser pour régner… Et je peux vous dire que les années qui viennent seront sans pitié aucune pour les perdants ou considérés comme tels…
        5/ Votre proposition de supprimer les ENS et de fusionner le corps des certifiés et celui des agrégés est à mon avis parfaitement contre-productive, en particulier pour une matière comme la vôtre. Outre le fait que le nivellement se ferait par le bas (Bercy adorerait !), cela reviendrait à supprimer les classes prépas littéraires, et à orienter les bons étudiants qui s’y destinaient vers les Classes prépa éco ou les IEP, qui seraient (plus encore) les grands gagnants de cette évolution. Quand à la fusion certifiés/agrégés, elle revient à oublier que les agrégés de lycée sont le terreau qui fait tourner les séminaires de recherche de bien des petits départements de province. Je connais des profs de Province qui font la tournée des lycées de leurs bassins pour démarcher les agrégés et essayer de les pousser vers la thèse. En dehors d’eux, il n’y a plus grand monde (sinon des retraités qui font de la recherche comme loisir sans se préoccuper, ce qui est légitime, des axes de recherche de l’école doctorale). Si la promotion professionnelle passe non plus par la recherche, mais par la préparation d’un concours interne, alors beaucoup se désintéresseront de la recherche, et dans le contexte actuel, pas grand monde ne viendra les remplacer, et pas mal de chaires disparaîtront… Quant à la possibilité de bénéficier de décharges dans le secondaire, là aussi je peux faire appel à mon expérience : on est très mal vu, dans le secondaire, quand on fait de la recherche, aussi bien par son administration que par les collègues qui n’en font pas, et on ne bénéficie d’aucune facilité, bien au contraire, croyez-moi (je préfère ne pas mentionner les expédients que j’ai vu employer ne serait-ce que pour participer à un colloque… ). Je ne crois pas en outre que le MEN ait les moyens ni actuellement ni dans un avenir proche de mettre en place un plan de formation continue par la recherche.
        6/ J’en viens à ma dernière remarque : réserver les contrats doctoraux (et à terme les recrutements, c’est en filigrane dans votre propos…) aux non agrégés. Si le statut de MCF correspond en France à un CDI, ce qui n’est pas le cas, par exemple, en Italie, c’est largement dû au fait que la plupart des MCF sont agrégés, et qu’on ne demande pas de troquer un CDI contre un CDD. Si ce verrou saute, c’est aussi le statut même des MCF qui se trouvera fragilisé : on ira alors vers une évolution à l’italienne ou à l’allemande, avec une CDDisation des MCF (déjà en cours), et une titularisation sur des postes de profs, à la cinquantaine, des « trous » entre les contrats, une instabilité de long terme et des conséquences dramatiques, notamment sur le plan familial (à moins que pour s’offrir le luxe d’être enseignant-chercheur, il ne faille avoir un(e) conjoint(e) qui se charge de gagner l’entrecôte, dans certains pays européens, des DR conseillent à leurs doctorants de faire un « beau mariage »… ). Disons que c’est là une optique très libérale…

        Je pense malgré tout que l’évolution ira dans votre sens, car l’agrégation est un statut, et que les statuts semblent voués à être remis en cause, mais aussi parce que la fac attire de moins en moins les agrégés (j’en vois de plus en plus faire une thèse rapide pour pouvoir postuler en prépa, plus attractive financièrement et sans charge administrative). Néanmoins, j’ai rencontré beaucoup de chercheurs européens pendant ma thèse, et tous m’ont dit à quel point l’agreg et le CAPES sont des concours qu’ils rêveraient d’avoir, afin de pouvoir mener leurs recherche sans pression contractuelle constante, bref sans précarité intellectuelle, disons… Le modèle français, avec ses défauts, reste l’un des plus protecteurs par ce biais : il est assez paradoxal de se battre pour sa remise en cause… Il me reste à m’excuser pour cette réponse trop longue et qui ne cadre d’ailleurs pas exactement avec le sujet de votre post… Bien à vous.

  5. Merci pour ce post de blog intéressant… Et une fois de plus, cela permet de constater à quel point le contexte est complètement différent d’une discipline à l’autre.

    Pour résumer un peu mon parcours: j’ai soutenu en 2001 une thèse en maths, en ayant auparavant passé l’agreg (j’étais normalienne à l’ENS Lyon et toute la promo la passait, ce n’était pas obligatoire mais en pratique il aurait fallu avoir de sérieux arguments pour ne pas la passer, disons que je n’ai jamais eu l’impression d’avoir le choix), ensuite j’ai candidaté en vain sur des postes de MCF puis ensuite suis allée dans le secondaire (et je reconnais bien volontiers que c’était plutôt un choix « par défaut »), en lycée pendant 2 ans puis en école d’ingénieurs comme PRAG (et a posteriori j’étais bien contente d’avoir l’agreg, même si au départ c’était plutôt en traînant les pieds que je l’avais passée…)

    Une grande partie des doctorants passés par mon labo de thèse n’a pas eu de poste dans le supérieur (le nombre de postes a bien chuté entre le début et la fin de ma thèse, même si ce n’était pas aussi catastrophique qu’aujourd’hui). Certains avaient envisagé de passer l’agreg « par précaution » avant leur thèse, mais leurs enseignants les en avaient découragé, j’en connais plusieurs qui s’en sont bien mordu les doigts ensuite (on peut toujours préparer les concours plus tard, mais c’est plus difficile après une thèse et parfois plusieurs années de post-doc que juste après un M2…)

    Par ailleurs, je connais aussi plusieurs personnes dans mon entourage qui au départ avaient passé une thèse après leur agreg en comptant ensuite arrêter la recherche et enseigner en lycée ou en prépa (d’ailleurs, autre argument à prendre en compte dans cette discussion: à l’heure actuelle, pour les nominations en prépa, en maths une thèse est quasiment nécessaire, je ne sais pas ce qu’il en est dans les autres disciplines) et qui, en cours de thèse, se sont passionné pour la recherche et ont finalement eu des postes d’enseignants-chercheurs.
    Il vaudrait mieux éviter de forcer les gens à choisir trop tôt…

    Je suis bien d’accord avec Philippe Huneman sur le fait que l’agreg elle-même n’a pas grand-chose à voir avec le contenu et la pédagogie des cours du secondaire. Cela, dit, j’aurais aussi tendance à penser que le doctorat a encore moins de lien avec la plupart des enseignements à faire dans le supérieur… Et depuis que j’enseigne en école d’ingénieur, je dois dire que l’agreg a remonté dans mon estime, au sens où au moins elle permet de supposer que quelqu’un maîtrise au moins les contenus de ce qu’il va enseigner à bac+1 et bac+2 (même si ça ne garantit rien en terme de contenus des enseignements).

    Dans mon établissement, il y a régulièrement des cas de collègues qui sortent des énormités aux élèves ou ne sont pas fichus de résoudre correctement des exercices de niveau bac+1, parfois ce sont des personnes venant d’autres disciplines qui se retrouvent à enseigner des maths (il y a une certaine tendance chez notre administration à penser que n’importe qui issu d’une discipline plus ou moins scientifique peut enseigner les maths), y compris des notions qu’ils n’ont plus vues depuis 20 ans, mais il y a aussi déjà eu quelques cas de docteurs en maths racontant des énormités (en général c’étaient plutôt des personnes n’ayant pas eu un cursus mathématique « classique » mais ayant par ex fait une thèse en statistiques après un cursus ingénieur). Et d’après mes collègues de physique, le problème se pose encore plus parmi eux: il y a des MCF qui refusent d’enseigner autre chose que leur sous-discipline (« moi je veux bien enseigner de l’électrostatique mais pas de la thermo ») ou qui le font mais en racontant n’importe quoi… alors que le fait d’avoir une agreg de physique garantit au moins une certaine « culture générale » de base dans le domaine.

    Je ne connais pas du tout la situation des disciplines littéraires, mais est-ce que l’agreg ne serait pas utilisée aussi pour le même genre de raisons (garantir un niveau minimal des candidats) ?

    Je ne sais pas comment l’on pourrait remédier à ça (et je n’ai pas l’impression qu’il y ait la moindre volonté d’y remédier, pour l’administration tout va bien tant qu’il y a quelqu’un devant les élèves le jour de la rentrée) et l’utilisation d’un concours du secondaire est sans doute une mauvaise solution. Mais disons que c’est un « intérêt » de l’agreg dont je ne me doutais pas avant d’avoir mon poste actuel.

    Par ailleurs, Wish a raison lorsqu’il explique que dans de nombreuses disciplines, partir dans le secondaire implique quasiment toujours de dire adieu à la recherche… Ce qui explique dans doute pas mal de réactions.

    « suppression de l’agrégation externe et des ENS, fusion des corps de certifiés et d’agrégés dans le secondaire »

    En ce qui concerne la fusion des corps, je suis bien d’accord que le système actuel est assez absurde, mais il est à craindre que cela se fasse surtout avec un alignement par le bas (en termes de niveau du concours, de salaires, d’horaires etc)

    Par ailleurs, en ce qui concerne les maths, le niveau de recrutement actuel au CAPES est vraiment très médiocre (j’ai deux amis qui enseignent en ESPE et qui s’arrachent les cheveux devant le niveau d’une bonne partie de leurs étudiants, en gros on peut être admis au CAPES tout en étant incapable de résoudre des exercices de terminale ou même pour certains de seconde), celui de l’agreg reste un peu plus correct. S’il ne reste plus que l’équivalent actuel du CAPES, ça ne va pas arranger les choses… (De même, une suppression des ENS conduirait sans doute à ce que la recherche et l’enseignement « perdent » la majeure partie des meilleurs élèves de prépa; déjà, à l’heure actuelle, la majeure partie des élèves admis à l’X et à une ENS choisissent l’X, ce qui n’était pas le cas il y a une vingtaine d’années…)

    1. Merci beaucoup pour ce retour d’expérience très instructif sur la situation en maths. Je pense qu’il y des parallèles possibles, mais il y a aussi de grandes différences avec l’histoire. Pour plus d’éléments comparatifs, le plus simple me semble de renvoyer à deux séries de tweets.

      La première, par Véronique Beaulande :

      et la seconde par Gabriel Galvez-Behar :

  6. 2 remarques vues de l’extérieur du débat (certifiée du secondaire dépourvue de toute velléité universitaire depuis toujours) : il me semble que l’agrégation a toujours constitué la porte d’entrée à l’université. C’est un statut qui demeure à mi-chemin entre les deux institutions hérité du temps d’avant la démocratisation du bac et des études supérieures. C’est effectivement un flou administrativo-académique dont le maintien permet d’un certain point de vue, ma 2e remarque, de contrer le mandarinat et les multiples petites seigneuries qui rongent honteusement la qualité des enseignements et de la recherche universitaires par les petites rivalités minables allant parfois jusqu’à la corruption et le détournement de fonds publics. Malgré ou à cause de leur totale inadaptation aux métiers de l’enseignement scolaire, les concours de l’enseignement secondaire et l’agrégation en particulier semblent rester les seuls moyens efficaces d’évaluer le niveau et la rigueur disciplinaires d’un doctorant ! Ou en tout cas sont-ils les seuls résultats qu’un certain nombre d’universitaires jugent suffisamment authentiques et plus « validant » que les diplômes universitaires dont ils entretiennent et certifient ainsi la médiocre valeur.
    C’est assez redoutable. D’autant que la clarification que tout le monde appelle de ses voeux, et dont vos débats montrent malgré tout la légitimité sur un certain nombre de points, signera probablement la généralisation totale de la médiocrité de toutes les institutions d’enseignement de ce pauvre pays qui se jette tous les jours un peu plus dans la gueule du loup. Clarifier quelque chose qui n’a pas, plus, de sens sur le plan institutionnel et politique, dans un contexte de vide culturel et moral total, ne peut que nous amener à des petites cases administratives encore plus petites, obtuses et mesquines. L’appareil bureaucratique va adorer. Le ministère du budget aussi.

    Sur un plan personnel, je suis quand même assez sidérée que des lauréats d’un concours de l’enseignement secondaire ne prennent pas leur poste. Outre le fait que l’on puisse se passer d’un salaire et donc du travail qui va avec, un poste de fonctionnaire n’est pas un diplôme, un concours est un recrutement par un employeur. Refuser un poste après s’être présenté au recrutement, c’est être prêt à faire tout et n’importe quoi pour coller au cv. Jusqu’où ? Je pensais par ailleurs qu’il était « naturel » d’avoir un peu plus de considération pour les élèves, les générations futures quoi, qui sont les principaux garants du maintien et du développement de la civilisation, de la planète et des connaissances… Naïveté. Vieux reste d’idéalisme ? Le nombre d’élèves sans prof va croissant. Les contractuels sans formation aussi. Ça coûte cher la médiocrité. Pourquoi et comment l’université recruterait-elle si par ailleurs les étudiants n’ont pas eu la formation scolaire requise ? Tout ça laisse comme l’impression que c’est « après moi, le déluge ». Et que prendre l’Éducation nationale pour arche de Noé n’est vraiment pas encourageant pour les temps intellectuels à venir.

  7. Etant moi-même entrain de passer l’agrégation d’histoire, dans l’espoir d’avoir une thèse… Je suis à la fois d’accord et pas d’accord, notamment parce que tu parles de deux choses différentes dans l’article : le pendant et le après la thèse. Devoir renoncer à un contrat doctoral parce que ton académie refuse de te laisser partir, ça me semble complètement injuste et arbitraire ! D’autant que c’est très différent selon les académies, il n’y a aucune égalité là-dedans… Par contre, enseigner après (ou pendant la fin de) sa thèse, oui ça me semble logique. Mais je comprends que ce soit rageant, on nous force à passer des concours qui sont loin d’être agréables et franchement absurdes (même lorsque les programmes sont intéressants, tout ce que l’on te demande c’est d’apprendre par coeur. Et ils ne préparent en rien à l’enseignement !!), pour pouvoir postuler à un contrat doctoral… qu’on peut nous retirer sous prétexte qu’on a passer ce concours.
    Personnellement l’idée d’enseigner dans le secondaire ne me dérange pas, mais si on m’empêche de faire une thèse, oui ça devient embêtant. Ca fait des profs aigris, donc souvent des mauvais profs je pense.
    Voilà c’était pour la défense du post initial. Mais je suis parfaitement d’accord pour dire que c’est tout de même loin de la précarité ! et qu’il faudrait réformer le système. Vraiment avec plaisir ! si vous pouviez le faire à temps pour que je n’ai pas à passer ce stupide concours ça me va 😉

  8. Merci à vous pour ce billet et les échanges (ici et sur twitter) qui en ont suivi. Je n’ai pas l’habitude de commenter mais ce texte m’interpelle beaucoup et je voudrais apporter une petite pierre à l’édifice.
    Je souscris à la plupart de vos constats et trouve certaines de vos propositions très intéressantes. Les remarques des uns et des autres posent bien les paradoxes, les obscurités et les hypocrisies des recrutements. Mais il me semble qu’un des grands problèmes tient aussi à l’absence de « ressources humaines » à l’EN, allié à la crise de recrutement de ces dernières années et la baisse de niveau au concours, qui fait que depuis des années en lettres tous les postes au CAPES ne sont pas pourvus – mais ce sujet a déjà été évoqué.

    De fait, j’ai l’impression (mais cela ne se base que sur mon expérience et mon entourage) que très peu d’agrégés/certifiés refusent d’aller dans le secondaire – et dans ce cas-là, ils démissionnent, ce qui reste quand même leur droit… Si je m’appuie sur mon propre cas (agrégée, qui a obtenu un contrat doctoral et qui est maintenant ATER), ce n’est pas du tout d’aller enseigner dans le secondaire qui me pose problème, mais bien de devoir terminer ma thèse dans ce contexte, surtout au moment intense de la fin de rédaction. Quand je regarde autour de moi, qu’est-il arrivé aux personnes qui sont allées enseigner dans le secondaire sans avoir terminé leur thèse ? Elles ont fini par l’abandonner. Ceux qui ont réussi à l’achever avait un mi-temps annualisé, souvent plusieurs années de suite, avec des ennuis financiers à la clé.
    Quand on est agrégé ou certifié et qu’on participe à la campagne d’ATER, on doit le signifier plusieurs mois à l’avance au rectorat et demander des postes de TZR (titulaire sur zone de remplacement). On ne peut pas être sur un poste fixe (sauf en mathématiques me semble-t-il, où la pénurie est telle dans certaines académies qu’il n’y a plus de remplaçant). Le rectorat est loin de découvrir la situation au dernier moment ! Et je ne vous parle pas de l’accueil qu’on vous réserve parois dans les établissements, entre les classes difficiles qu’on a réservées au TZR, l’emploi du temps à trous, les heures supp’ imposées à force de pressions et de chantage, le refus de chef d’établissement de déplacer ponctuellement des heures pour participer à un colloque (ah, cette principale qui a moqué la collègue-doctorante et ses « velléités intellectuelles »…), etc. Je vous donne cumulées toutes les aventures arrivées dans mon entourage. Je sais que cela ne se passe pas ainsi partout, mais c’est un vrai risque, que je vois se répéter dans beaucoup de cas. Du coup, rejoindre le secondaire avec une thèse en cours constitue un vrai problème car, sauf miracle, rien ne sera fait pour aménager un minimum les choses. Derrière ce que vous décrivez, il y a surtout le désir, qui me semble bien légitime, de terminer sa thèse, pour laquelle on a déjà fait beaucoup de sacrifices, dans de bonnes conditions (et le faire avec un ATER plein est déjà difficile si le service est lourd).
    La plupart de mes amis docteurs aujourd’hui dans le secondaire sont très heureux et très investis auprès de leurs élèves !

    Bref, tu passes un concours du secondaire parce que côté ESR on te dit de le faire pour avoir un contrat doc (c’est le cas en lettres modernes) et parce que tu préfères te lancer dans une thèse en étant sûr de ne pas te trouver le bec dans l’eau à 30 ans une fois docteur (on peut aussi être « bassement matérialistes » comme le dit Véronique Beaulande). Et puis côté EN c’est tout à coup un autre son de cloche, parfois des années après le début de ta thèse. Il y a de quoi, quand même, grincer des dents.

    Les ministères de l’Éducation Nationale et de l’ESR sont liés (on nous parle assez de bac-3+3), c’est à l’université qu’on prépare les concours du secondaire (avec des enseignants qui sont parfois doctorants – plusieurs amis ont des cours d’agrégation dans leur service d’ATER), on nous demande de plus en plus d’être docteur pour aller enseigner en prépa… Détaché à l’université, on continue à enseigner (et beaucoup d’universités sont elles aussi en manque d’enseignants à mettre devant les étudiants)… on est loin du détournement de mission de service au public.

    L’université fonctionne sur la précarité et en crée à la pelle, on ne peut pas le déplorer d’un côté et de l’autre fustiger ceux qui font le choix de s’en prémunir un minimum. Le système dans son ensemble marche sur la tête, j’en suis bien d’accord, mais il me paraît davantage problématique qu’un ministère empêche ses fonctionnaires de se former ou de terminer leur formation au lieu de remédier à la crise de recrutement. Et derrière l’idée de la sécurité de l’emploi des fonctionnaires se cache tout de même beaucoup d’autres difficultés, au point que certains préfèrent la précarité de l’université et refusent de passer les concours (alors qu’ils aiment enseigner).
    Tout ça, évidemment, ajouté aux problèmes liés aux commissions de recrutement pour le contrat doc, les critères flous, les attentes démesurées (dans certaines ED on conseille maintenant officieusement aux doctorants de commencer leur thèse ‘‘clandestinement’’ pour avoir une allocation un an ou deux ans plus tard).

    Cela dit, rien ne m’énerve plus que des agrégés/certifiés qui ne veulent pas aller enseigner (et qui s’en vantent dès la préparation du concours). Mais honnêtement, j’en connais très peu.

    Il y aurait encore beaucoup à dire…
    Merci d’avoir lancé cette discussion !
    Bien à vous,

  9. Ce billet est parfait et je suis personnellement dégoûté par les prises de position des agrégés dans les commentaires. Leur posture ne me semble signifier qu’une seule chose : la défense d’un privilège grotesque.

    J’ajouterais aussi que les critères de sélection actuellement utilisés dans le supérieur engendrent une forte discrimination vis-à-vis des chercheurs étrangers.

    D’abord, ces critères vont à l’encontre des engagements pris par la France à l’échelle européenne, en particulier avec le Processus de Bologne et la Charte européenne du chercheur. Ces habitudes irrégulières dégradent en effet les possibilités d’intégrations des chercheurs étrangers. Comme en témoigne d’ailleurs la presse nationale, ce n’est pas fortuit si « l’Index mondial compétitivité et talents » (GTCI) – qui a démontré la corrélation étroite existant entre circulation des talents et prospérité économique – se révèle de plus en plus critique vis-à-vis de la politique française et de son système universitaire.

    Enfin, les Écoles doctorales ne peuvent pas mettre en œuvre des modalités de recrutement qui engendreraient des discriminations telles que décrites par l’Article 225-1 du Code Pénal. Les concours pour le recrutement des enseignants du secondaire, ainsi que les concours des Grandes Écoles, ne sont ouverts qu’aux citoyens européens : le fait de les utiliser comme un pré-requis pour le recrutement exclue par conséquent tout candidat ressortissant d’un pays hors de la Communauté Européenne. Cela revient à dire qu’une telle pratique peut être considérée, vis-à-vis de la loi pénale, comme discriminatoire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *