Nombre des fonctionnaires et remise en cause des services publics, quelques mises en perspective

Les suppressions d’effectifs avaient été au coeur de la primaire de la droite et du centre avec des promesses situées entre 250.000 et 500.000 suppressions d’emplois dans la fonction publique, de telle sorte que la promesse du candidat qui fut finalement élu passait presque pour « raisonnable » : 120.000 suppressions de postes sont annoncées sur le quinquennat, les compressions devant être réparties entre les versants « État » et « territoriale » de la fonction publique.

Ce n’est pas la seule mesure qui vise les agents de l’État : maintien du gel de point d’indice, rétablissement du jour de carence et remise en cause du statut sont à l’ordre du jour. Plus généralement, ce sont les services publics qui sont attaqués de toutes part et une vague de privatisations s’annonce…

Comme je ne dis jamais non à un peu d’auto-promo et que je suis persuadé que les sciences sociales ont un rôle à jouer dans l’éclairage de l’actualité, ce billet vise à vous renvoyer à quelques publications récentes qui tentent de restituer les attaques du moment dans une perspective historique.

L’intérêt général à la casse (Dossier du Monde diplomatique)

Sollicité pour participer à un dossier sur l’offensive générale contre la fonction publique, j’ai eu le plaisir de participer au numéro d’avril du mensuel avec un papier intitulé par la rédaction : « De Saint-Just à Macron, variations sur un même thème« , qui propose une brève remise en perspective des discours anti-fonctionnaires qui prolifèrent depuis au moins deux siècles.

L’ensemble du dossier est passionnant avec, notamment, un article (librement accessible) de Benoît Duteurtre sur la façon dont les pouvoirs publics et la SNCF elle-même ont peu à peu mis à mal le service public ferroviaire ; un autre d’Annabelle Allouch (qui a publié récemment de La société du concours. L’empire des classement scolaires) sur la loi ORE. Surtout, le dossier s’ouvre sur un article titre « Les fonctonnaires, voilà l’ennemi » signé par Anicet Le Pors, ministre de la réforme du statut général des fonctionnaires de 1983, artisan de la traduction juridique d’une conception politique du « fonctionnaire-citoyen », celle-là même qui est remise en cause depuis de nombreuses années, mais avec de plus en plus de succès ces derniers temps.

(Petit détail : dans mon papier, vous pardonnerez la grossière erreur qui a été introduite à l’occasion des coupes et réécritures découvertes à la parution de l’article : P.-É. Flandin n’a pas juste été « ministre du régime de Vichy », il a le chef du deuxième gouvernement de Vichy, accédant aux fonctions de Vice-président du Conseil et ministre des Affaires étrangères à la suite de Pierre Laval en décembre 1940)

Compter les fonctionnaires ou réduire les services publics ? (billet pour Mondes sociaux. Magazine de sciences humaines et sociales – republié par l’Histoire)

(aparté : vous connaissez forcément Mondes sociaux et son brillant rédacteur en chef adjoint Sébastien Poublanc ? Si ce n’est pas le cas, on se jette, pour le premier, sur la page « kezaco ? » et pour le second, sur ce billet de devhist et cette vidéo sur le carnet du groupe acqua).

Ce billet consiste en une synthèse/présentation de plusieurs publications sur les fonctionnaires et les attaques que subissent leur nombre et leur statut. Comme le veut l’exercice, je me suis fondé principalement sur mes propres travaux (la thèse, un article des Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique et un article de La vie des idées),  et sur un article d’Aurélie Peyrin concernant les non titulaires et la généralisation du contournement de la logique statutaire, lui aussi publié sur lvdi. Dans la série d’articles publiés par ce site autour des agents des services publics, je vous encourage à consulter aussi celui d’Alex Alber à propos des conséquences de l’introduction des logiques managériales dans la gestion des personnels de l’État et celui d’Émilie Biland (auteure d’un excellent « repères » sur La fonction publique territoriale) à propos de l’emploi public local.

L’histoire du mot « fonctionnaires » (par Catherine de Coppet dans La fabrique de l’histoire)

Une chronique que j’aurais manquée si elle n’avait pas été signalée par Bastien Scordia sur twitter (journaliste à Acteurs publics : compte à suivre si vous vous intéressez de près aux questions relatives à la fonction publique… ce qui n’est pas impossible si vous êtes arrivé à ce stade du billet). Ce vendredi, dans l’émission d’Emmanuel Laurentin, Catherine de Coppet a consacré sa chronique « la fabrique de l’autre » au mot fonctionnaire (et à son dérivé « fonctionnarisme ») en recourant à d’excellentes sources 🙂

Vous pouvez lire la chronique en cliquant sur le lien supra, mais vous pouvez aussi écouter le podcast (c’est à 28 min. environ).

France culture a consacré de nombreuses émissions à la fonction publique ces dernières années. Parmi les plus récentes, vous pouvez ainsi écouter Luc Rouban invité par Hervé Gardette dans Politique ! en janvier dernier pour une émission intitulée « Fonctionnaire : une position de missionnaire« . Fin mars, le politiste (auteur du « repères » sur La fonction publique) a par ailleurs donné un entretien au Monde dont je vous recommande vivement la lecture.

À suivre de près… CAP22 (pour « comité action publique 2022 ») doit rendre ses propositions en avril

Pour mener son offensive contr… sa politique de réforme de la fonction publique, le gouvernement a mis en place un programme « Action publique 2022 » (projet porté par Gérald Darmanin, Mounir Mahjoubi et Édouard Philippe) et un comité (CAP22) qui devrait rendre des propositions en avril.

3 objectifs seraient à remplir : améliorer la qualité des services publics, moderniser l’environnement de travail des agents et réduire les dépenses. Tant les expériences passées que les intentions explicites du gouvernement invitent celles et ceux qui sont attachés aux services publics à suivre de près les conclusions tirées par le gouvernement du rapport qui lui sera rendu.

En attendant, une pétition unitaire circule « pour la fonction publique, le pouvoir d’achat, le statut, les conditions de travail » (n’hésitez pas à la signer et à la faire circuler…)

 


Crédit image de une : éliminer les fonctionnaires ? par Charb. Source : cgt finances publiques

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