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[cela avance doucement mais sûrement…]

Direction de numéros de revues

« Écrire autrement ? L’histoire sociale en quête de publics » (co-direction avec Axelle Brodiez-Dolino), Le Mouvement social, n°269-270, octobre 2019 – mars 2020, 288 p.

La question des écritures historiennes a pris ces dernières années des formes renouvelées qui lui donnent une triple acuité. D’une part, le rapport à l’écriture romanesque et, au-delà, à la littérature, a largement monopolisé le débat depuis dix ans, permettant de réelles avancées épistémologiques. D’autre part, le hiatus entre les baisses des ventes d’ouvrages historiens d’un côté, et l’appétit conservé du public pour l’histoire de l’autre, ménage un espace pour des travaux n’ayant rien de scientifique mais qui sont, eux, des succès de librairie et qui ne peuvent, à ce titre, qu’interroger les professionnels de la discipline. Enfin, encore peu visibles et étudiées, quantité d’initiatives fleurissent sous des formes autres que le roman ou même la littérature, en partie portées par les potentialités ouvertes depuis une large décennies par le web et le multimédia. C’est à donner à voir ce champ dynamique, et à maints égards encore exploratoire, que ce numéro est consacré. Comment écrire l’histoire autrement ? Comment reconquérir du public ? Comment, dans ces entreprises de médiation, ne pas renoncer aux pairs ? Jusqu’où peut aller le travail de transmission ? Autant de questions que ce numéro abordera en quatre axes : « Incursions littéraires » (contributions de Sylvain Lesage, Odile Macchi et Sylvain Pattieu) ; « Explorations audiovisuelles » (contributions de Marion Fontaine, Isabelle Backouche et Sarah Gensburger) ; « Expérimentations numériques » (contributions de Malika Rahal, Nicolas Delalande, Emmanuel Bellanger, Charlotte Vorms et Sébastien Poublanc) ; et « Innovations académiques ? » (contributions d’Antoine Prost et Émilien Ruiz). Un cahier de compte rendu, « l’histoire sociale autrement », ajoute aux notes de lectures traditionnelles, celles de chercheuses et de chercheurs ayant rencontré des oeuvres littéraires, dessinées, filmiques, etc. dans leurs travaux.

« Saisir l’État par son administration » (co-direction avec Olivier Borraz), Revue française de science politique, vol. 70 n°1, février 2020, p. 7-176.

Étudier les rouages administratifs de l’action publique pour mieux comprendre l’État : c’est ce que propose le dossier thématique de ce numéro, qui poursuit les réflexions amorcées lors d’un colloque organisé à l’occasion du cinquantenaire du Centre de sociologie des organisations (CSO). Loin d’une simple visée commémorative, ses contributions offrent un regard transversal sur les métamorphoses contemporaines de l’État. Contributions du dossier : « Saisir l’État par son administration. Pour une sociologie des rouages de l’action publique » (Olivier Borraz et Émilien Ruiz) ; « Le nouveau Phénomène bureaucratique. Le gouvernement par la performance entre bureaucratisation, marché et politique (Philippe Bezes) ; « La haute fonction publique entre organisations, professions et patrons. Une sociologie comparée des marchés du travail administratifs » (Natacha Gally) ; « Entre desserrement et resserrement du verrou de l’État. Les collectivités françaises entre autonomie et régulations étatiques » (Patrick Le Lidec) ; « Un demi-siècle après Pierre Grémion. Ressaisir la centralisation à partir de la périphérie » (Renaud Epstein)

« Digital History. La storia nell’era dell’accesso » (co-direction avec Elisa Grandi et Deborah Paci), Diacronie. Studi di storia contemporanea, n°10, giugno 2012.

Dossier thématique concernant « l’histoire numérique à l’heure du libre accès ». Les contributions, en anglais, italien et espagnol, portent sur des outils informatiques spécifiques (systèmes d’information géographiques, bases de données, gestion de données bibliographiques), des ressources numériques particulières (concernant l’histoire économique, l’antiquité classique ou l’histoire environnementale) mais aussi des réflexions plus globales sur les des transformations du métier d’historien à l’ère numérique. Contributions publiées dans ce dossier : avec Elisa Grandi, j’ai co-rédigé la note introductive, parue en italien dans la revue et en français sur Devenir historien-ne, et nous avons réalisé un entretien avec Claire Lemercier, (voire infra) « Ce que le numérique fait à l’historien.ne » ; avec Franziska Heimburger, nous avons publié une version anglais de notre article paru en 2011 à la Revue d’histoire moderne et contemporaine (voir infra).

Articles dans des revues à comité de lecture *

L’histoire populaire : label éditorial ou nouvelle écriture du social ? Le Mouvement social, n°269-270, octobre 2019 – mars 2020, p. 185-230.

Résumé : S’il fallut plus de deux décennies pour que l’ouvrage d’Howard Zinn, People’s History of the United States (Harper Collins, 1980), fût traduit en français sous le titre Une histoire populaire des États-Unis (Agone, 2002), les années 2010 ont vu se multiplier les histoires dites « populaires ». Il s’agit, pour partie, de traductions de people’s history of… qui offrent ainsi au lectorat francophone des histoires populaires de l’humanité, des sciences ou encore du sport. Mais depuis trois ou quatre ans, l’historiographie française s’est aussi enrichie de multiples « histoires populaires », qu’il s’agisse, par exemple, de Nantes, du football ou, bien entendu, de la France avec les parutions successives, en 2016 et 2018, des sommes de Michelle Zancarini-Fournel et Gérard Noiriel. Cette multiplication interroge : relève-t-elle d’une simple labellisation éditoriale ? Le succès commercial des travaux d’Howard Zinn et de ses déclinaisons (en BD, documentaires, versions abrégées, pour enfants, etc.) aurait ainsi conduit des éditeurs à tenter, sinon de reproduire le phénomène, de profiter de « la marque » que représente le titre. À moins que la lecture des ouvrages ainsi publiés nous conduise à observer l’émergence d’une nouvelle forme d’écriture du social ? Fruit de renouvellements historiographiques conduisant à renoncer à des formulations plus classiques, au premier rang desquelles « une histoire sociale de… ».

Les écritures alternatives : faire de l’histoire « hors les murs » ? (avec Axelle Brodiez-Dolino), Le Mouvement social, n°269-270, octobre 2019 – mars 2020, p. 5-45.

Résumé : De la naissance de l’histoire comme discipline jusqu’à ces dernières décennies, la question de l’écriture a déjà fait couler beaucoup d’encre. Elle a cependant surtout été envisagée sous l’angle des rapports entre histoire et littérature, et plus spécifiquement même entre histoire et roman. Dans cet article introductif du numéro « Écrire autrement ? L’histoire sociale en quête de publics », nous abordons des transformations récentes qui permettent de situer la question de l’écriture dans un contexte bien plus large. De la tentation de la bande dessinée aux potentialités du Web, en passant par le désir de théâtre, les balades sonores offrant une histoire à ciel ouvert… il s’agit de donner à voir un champ en labour, de montrer comment les historiennes et historiens choisissent de (ou font face aux injonction à) « faite de l’histoire hors les murs ». Si les modalités d’écriture constituent un enjeu méthodologique, voire épistémologique, elles sont inséparables d’interrogations qui peuvent sembler plus prosaïques mais sont fréquemment décisives dans le choix des modes de diffusion de la recherche. Au-delà des expérimentations formelles ou esthétiques, c’est bien le rôle, dans la Cité, des professions intellectuelles qui est en jeu, et la question du public auquel s’adresse la profession historienne et de la façon dont nous aspirons à l’atteindre est éminemment politique. Les transformations de ces dernières décennies se trouvent ainsi au coeur d’interrogations concernant à la fois le rôle des intellectuels dans la Cité (et le terrain laissé à des figures médiatiques qui travestissent l’histoire à des fins idéologiques) et la place occupée par l’histoire et des sciences sociales dans un monde « en crise », celui de l’édition.

Saisir l’État par son administration. Pour une sociologie des rouages de l’action publique, (avec Olivier Borraz), Revue française de science politique, vol. 70, n°1, février 2020, p. 7-20.

Résumé : Reprenant l’ambition du programme lancé en 1964 par le Centre de sociologie des organisations (CSO) pour étudier empiriquement l’administration française, le présent numéro entend démontrer tout l’intérêt que revêt aujourd’hui une étude de l’État par son administration, en complément d’une entrée par la sociologie de l’action publique. En revenant sur les flux et reflux de cette approche en France depuis le milieu des années 1960, en pointant les apports et les limites des travaux menés dans le cadre du programme « L’administration face au changement », cet article introductif plaide ainsi pour une sociologie des rouages de l’action publique. C’est par une approche transversale et transsectorielle, tant au niveau central qu’à l’échelle territoriale, qu’il est possible de saisir les questions de permanence et de changement, mais également de répondre à la question : qu’est-ce qui fait tenir l’État ?

Légitimer par les nombres, à propos d’une autre fonction des outils quantitatifs. Statistique et société, vol. 6 n°1, juin 2018, pp. 21-25.

Résumé (premières lignes de l’introduction) : Dans l’un des derniers textes qu’il publia, Alain Desrosières résumait ainsi l’un des principaux leitmotivs de son œuvre : « les outils quantitatifs ne sont pas seulement des outils de preuve, utilisés par les scientifiques pour étayer leurs arguments, mais aussi des outils de coordination, ou de gouvernement. » De fait, l’un des apports majeurs du paradigme du « gouvernement par les nombres » a été de permettre une forme de démystification de la neutralité et de l’objectivité intrinsèque des statistiques publiques. Il ne faudrait toutefois pas tomber dans le travers opposé consistant à ne chercher que la volonté de contrôle derrière toute production quantitative ministérielle, au risque de manquer d’autres motivations ou usages. À partir d’une analyse des conditions de production du premier recensement des agents des services publics en France, l’objet de cet article est de montrer qu’une troisième fonction peut parfois être assignée aux quantifications officielles : celle d’être un outil de légitimation institutionnelle de leurs commanditaires et producteurs.

Des économies très politiques. Dénoncer le nombre des fonctionnaires en France aux XIXe et XXe sièclesCahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, Association Paul Langevin, 2017, L’État, objet d’histoire, pp.65-85

Résumé : La France aurait toujours compté trop de fonctionnaires. Mais au fil des XIXe et XXe siècles, la dénonciation du nombre des agents de l’État a de plus en plus reposé sur des argumentations budgétaires : pour redresser les finances publiques et mieux rémunérer ses agents, il fallait réduire le volume de la fonction publique. Or, sans nier l’importance que les enjeux budgétaires peuvent parfois revêtir, cet article propose de faire un pas de côté et de prendre en considération les soubassements politiques des appels aux économies. L’objectif est ici de saisir les transformations de la perception de l’État que révèlent les mutations de la dénonciation du nombre de ses agents. Deux moments seront privilégiés : celui de l’avènement de la IIIe République et celui des deux après-guerres mondiales. Paradoxalement, à travers la permanence des dénonciations du nombre des fonctionnaires, l’examen de ces deux moments révèle une acceptation progressive du développement de l’État dans la France contemporaine.

Statistique des fonctionnaires et histoire de l’État par ses effectifs (France, 1850-1950), Statistique et société, vol. 4 n°1, mai 2016, pp. 45-4.

Résumé : Pour faire l’histoire d’une statistique, on se contente parfois d’en repérer les origines et les modalités en se référant aux travaux des statisticiens eux mêmes,et aux archives des organismes statistiques. Émilien Ruiz plaide pour une conception plus large des archives de la statistique, imposant le recours à une documentation sur « les usages, les non-usages et les usages détournés ». Il illustre ce point de vue en relatant la réception et la postérité de l’« Essai de recensement des employés et fonctionnaires de l’Etat » publié en 1896.

« Quantifier une abstraction ? L’histoire du « nombre des fonctionnaires » en France », Genèses, 99, juin 2015, pp. 131-148

Résumé : En partant des tentatives de dépassement du débat publié sur « l’anachronisme des séries longues » par Genèses en 1992, cet article vise à présenter le cadre analytique mobilisé pour prendre la mesure de l’abstraction « nombre des fonctionnaires » en France entre le milieu du 19e siècle et le milieu du 20e siècle. À travers une approche « reconstructionniste », il s’agit de proposer un dépassement des oppositions courantes entre démarches qualitatives et quantitatives ou entre fétichisme positiviste et rejet constructiviste des matériaux quantitatifs en sciences sociales. Un billet annexe à l’article (graphique animé + figures en couleur) est accessible sur Penser/Compter.

Has the Historian’s craft gone digital? Some observations from France, (with Franziska Heimburger), dans Elisa Grandi, Deborah Paci and Emilien Ruiz (eds.), « Digital History. La storia nell’era dell’accesso », Diacronie. Studi di storia contemporanea, n°10, 2012. [version anglais de l’article publié en 2011 dans la RHMC, voir infra]

Since the end of the 1980s the historiographical context has changed considerably. Over the course of the last ten years, we have reached the “digital age” and computers as well as resources available via the Internet have become indispensable tools for all researchers. Be it for the stage of documentation or for actual writing, we are now living and working in a context where historians can no longer completely refuse all IT tools. As long as there are no solid, durable, large-scale training efforts to equip all historians with the skills to use the new and old IT tools, their potential is necessarily limited. While there have been studies on “researchers” in general and also on political scientists in particular, there has, to our knowledge, been no scientific study which would allow us to reach conclusions on the use of IT tools and digital resources by French historians. It is thus difficult to reach conclusions on a larger scale and we have decided to base our analysis on our own experience in order to consider what could be the transformations of the historian’s craft in the digital age. We will thus proceed first to a series of conclusions based on our activities in mediation (teaching and blogging), before proposing a typology of the principal evolutions. We will conclude with a certain number of propositions as far as training of historians is concerned.

Faire de l’histoire à l’ère numérique : retours d’expériences (avec Franziska Heimburger), dans Nicolas Delalande et Julien Vincent (dir.), « Le métier d’historien à l’ère numérique : nouveaux outils, nouvelle épistémologie ? », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 58-4bis, supplément 2011, pp. 70-89.

L’usage de l’informatique dans les recherches historiques est loin de constituer une nouveauté des années 2000. Après les premiers balbutiements mécanographiques des années 1950, c’est presque une révolution informatique que la discipline historique a connu entre la fin des années 1960 et les années 1980. Les transformations opérées au cours des dix dernières années, à la faveur de ce qu’il est convenu d’appeler le passage à « l’ère numérique », ont fait de l’ordinateur et des ressources auxquelles il donne accès via Internet un instrument indispensable à tout chercheur. De la prospection documentaire à l’écriture de l’histoire, le temps où il était possible à un historien de refuser l’usage de l’informatique est bel et bien derrière nous. Après un retour d’expériences en forme de bilan de nos activités de médiation (enseignement et blogging scientifique), nous proposons une typologie des principales évolutions qui affectent les pratiques historiennes. Sur cette base, nous concluons cet article par quelques propositions relatives à la formation des historiens.

Compter : l’invention de la statistique des fonctionnaires en France (années 1890 – 1930), dans Philippe Bezes et Odile Join-Lambert, « Comment se font les administrations », Sociologie du Travail, 52(2), avril-juin 2010, pp. 212-233.

Cet article propose d’étudier l’invention de la statistique des fonctionnaires dans la France des années 1890–1930. Construite aux marges de l’État, cette mesure est alors le fruit de logiques militantes et/ou professionnelles, assez largement désynchronisées de l’élaboration ou la mise en œuvre de politiques de réduction des effectifs.
Trois phases se succèdent : à l’aube du XXe siècle, on compte d’abord les fonctionnaires pour dénoncer le « fonctionnarisme » et la « dépopulation » ; au cours de la décennie qui précède la Grande Guerre, il s’agit surtout de promouvoir une expertise statisticienne ; dans l’entre-deux-guerres, enfin, de fortes compressions sont mises en œuvres, alors que la statistique des fonctionnaires est mise entre parenthèses. Une focalisation sur cette période, par une approche soucieuse des modalités de fabrication et d’usage du nombre des fonctionnaires, permet d’éclairer sous un nouveau jour un discours persistant, et néanmoins paradoxal : on ignorerait combien il y a de fonctionnaires en France, tout en affirmant qu’ils sont trop nombreux.

Entretiens  dans des revues à comité de lecture

Écrire pour le (grand) public sans renoncer aux pairs : trois expériences de revues en ligne. Entretien avec Nicolas Delalande pour La Vie des idées, Emmanuel Bellanger et Charlotte Vorms pour Métropolitiques et Sébastien Poublanc pour Mondes sociaux, (avec Axelle Brodiez-Dolino), Le Mouvement social, n°269-270, octobre 2019 – mars 2020, p. 5-45.

Résumé : Les revues en ligne et en libre accès connaissent depuis dix ans un réel dynamisme, qui se manifeste tant par la hausse du nombre de revues et d’articles consultés que par leur inventivité et leur attractivité – et ce, auprès des chercheurs comme du grand public. Pour mieux comprendre ce phénomène, qui implique une adaptation des écritures académiques, démultiplie l’audience potentielle des chercheurs et interroge les modèles économiques classiques de l’édition des revues scientifiques, trois publications pluridisciplinaires et en libre accès ont répondu à notre invitation : La Vie des idéesMétropolitiques et Mondes sociaux. Elles atteignent un lectorat sans commune mesure avec les tirages papier (par ailleurs en baisse) des revues classiques : plus de 450 000 visiteurs uniques par mois pour La Vie des idées et 20 000 à 30 000 pour Mondes sociaux ; 4 500 par jour en moyenne pour Métropolitiques.
Quels sont leurs objectifs et leur modèle économique ? Quelle place y représente l’histoire, en particulier l’histoire sociale contemporaine ? Quel est leur lectorat – et celui-ci est-il en accord avec les visées initiales ? Quelles sont les clés d’un article à succès ? Est-ce valorisant pour un chercheur d’y publier ? Ont-elles recours à une écriture si différente des revues académiques classiques ? Comment élargir le public des sciences humaines et sociales tout en conservant ce qui fait leur spécificité en termes de démonstration, de rigueur et d’investigation empirique ? Autant de questions auxquelles cet entretien croisé vise à répondre.

Ce que le numérique fait à l’historien·ne. Entretien avec Claire Lemercier (avec Elisa Grandi), Diacrono. Studi di storia contemporanea, n°10, juin 2012.

Présentation  : Claire Lemercier répond aux questions posées par Elisa Grandi et Émilien Ruiz concernant les transformations du métier d’historien·ne liées au développement des « outils numériques », aux possibilités offertes par le libre accès, le travail collaboratif, etc. L’interview a été réalisée au mois de mai 2012.

Autres articles dans des revues à comité de lecture **

« Éditorial. Donner à lire les humanités numériques francophones (1) » (avec Aurélien Berra, Emmanuel Château-Dutier, Emmanuelle Morlock Sébastien Poublanc et Nicolas Thély), Humanités numériques, n°1, 2020.

Premier paragraphe : La création d’Humanités numériques s’inscrit dans un moment particulier des sciences humaines et sociales. Les révolutions proclamées et les transitions programmées font place à des évolutions collectives, qu’il nous appartient d’influencer pour qu’elles soient intelligentes et heuristiques. À l’heure où paraissent ses deux premiers numéros, la présentation générale de la revue sur OpenEdition Journals s’achève sur ces mots : « Nous publions des auteurs et acteurs prêts à objectiver, chroniquer et critiquer, au sens le plus riche du terme, l’évolution de leurs pratiques et de leur pensée. » Ce premier éditorial vise à expliciter succinctement ces intentions, l’historique du projet et les soutiens qui lui donnent les moyens de ses ambitions, tandis que l’éditorial suivant commentera le contenu de ces numéros.

« Éditorial. Donner à lire les humanités numériques francophones (2) » (avec Aurélien Berra, Emmanuel Château-Dutier, Emmanuelle Morlock, Sébastien Poublanc et Nicolas Thély), Humanités numériques, n°1, 2020.

Premier paragraphe : Un texte introductif peut se donner pour ambition de placer les articles recueillis dans une perspective particulière, parfois en les résumant. Si nous en croyons notre expérience de lecteurs, cette formule traditionnelle est souvent peu stimulante. Nous aimerions plutôt que les éditoriaux de la revue soient les traces d’un moment dans la vie d’une communauté, de ce qui fait bruisser les réseaux sociaux et anime les séminaires, voire de ce qui tisse ou transforme la toile de fond des travaux savants.

« La déflation administrative », Esprit, n°451, janvier/février 2019.

Extrait de l’introduction : S’il n’existe pas de « leçons de l’histoire », rien n’interdit de puiser quelques idées dans le réservoir d’expériences que constitue le passé. Mais encore faut-il assumer jusqu’au bout les parallèles mobilisés. Ainsi, concernant la Fonction publique, le gouvernement actuel n’hésite pas à recourir à l’histoire pour justifier ses réformes. Le 30 octobre 2018, ­Dominique Albertini relevait dans Libération une déclaration du Premier ministre selon laquelle la réforme de l’État ne viserait rien de moins qu’à « conjurer la possibilité d’un affaissement ». Réductions d’effectifs et recours privilégié au contrat sont ainsi élevés par Édouard Philippe en rempart pour faire face à ces « moments terrifiants où un pays se délite : c’est évidemment ce qui s’est passé en 1940[1] ». Prenons l’assertion au sérieux et observons les mesures affectant la Fonction publique dans les années qui précédèrent la défaite…

« Y a-t-il trop de fonctionnaires », La vie des idées, 28 mars 2018.

Extrait de l’introduction : En contexte électoral, il n’est pas rare que les affirmations péremptoires sur la nécessaire réduction du volume de la fonction publique se multiplient. À l’approche des présidentielles 2017, la « primaire de la droite et du centre » a ouvert le bal : les principaux candidats divergeaient quant au chiffrage global mais la nécessité d’une réduction massive du nombre des fonctionnaires ne fit aucunement débat. (…)Si elles visent désormais les trois versants de la fonction publique, ces promesses s’inscrivent non seulement dans la continuité des politiques de réduction ou de stabilisation des effectifs de l’État menées depuis le milieu des années 2000, mais aussi, et surtout, dans une longue tradition de dénonciation d’un nombre plus souvent fantasmé que véritablement mesuré.

Chapitres d’ouvrages

« Réformer l’État pour gouverner la société » dans Patrick Le Galès & Nadège Vézinat (dir.), L’État recomposé, Paris, PUF, coll. « La vie des idées », 2014, pp. 47-57.

Reprise du compte rendu publié par La vie des idées en novembre 2009. Premières lignes : Érigée en priorité par Nicolas Sarkozy dès le début de son mandat, la réforme de l’État est devenue une ardente nécessité gouvernementale. Les années 2000 ont ainsi vu les acronymes (LOLF, NPM, RGPP, etc.) et incantations néo-managériales (benchmarking, performance, incitation, etc.) s’imposer sur la scène politique et médiatique. La question, en réalité, n’est pas totalement nouvelle. Des Employés de Balzac aux Ronds de cuir de Courteline, l’ancienneté des critiques de l’administration ne fait aucun doute. Pourtant, malgré le renouveau de l’histoire et de la sociologie de l’État, la rareté des travaux sur les réformes de l’administration française reste frappante.

Comptes rendus d’ouvrages et de revues

« À propos de Stéphane LAMASSÉ et Gaëtan BONNOT (dir.), Dans les dédales du Web. Historiens en territoires numériques, Paris, Éditions de la Sorbonne, coll. Homme et société, 2019, 276 p. », Le Mouvement social, 269-270, 2020, p. 277-280.

Premières lignes : Paru en 2019, Dans les dédales du Web reprend une partie des communications faites lors de deux journées d’étude qui se sont tenues à la Sorbonne en juin 20161, le tout sous la direction de Gaëtan Bonnot et Stéphane Lamassé. Médiéviste et moderniste, tous deux sont membres du PIREH (Pôle informatique de recherche et d’enseignement en histoire) de la Sorbonne qui, fort d’une expérience solide et reconnue, constitue depuis trente ans l’un des principaux pôles de réflexions et de formations sur les possibilités offertes par les mathématiques et l’informatique appliquées à l’histoire2. Ce livre ouvre d’ailleurs une nouvelle série intitulée « Numériques » dont S. Lamassé est le conseiller, au sein de la collection « Homme et société » des Éditions de la Sorbonne. Cette série entend contribuer au (et penser le) « développement de perspectives nouvelles mêlant les champs disciplinaires des sciences humaines et sociales, les mathématiques appliquées et l’informatique » (p. 4). Ce faisant…

« À propos de Pat Hudson et Mina Ishizu. History by Numbers: An Introduction to Quantitative Approaches. Londres, Bloomsbury Academic, [2000] 2017, XX-339 p. », Annales. Histoire, sciences sociales, 73 (4), 2018 [parution en février 2020], p. 966-969.

Premières lignes : En octobre 2012, la British Academy s’alarmait du déficit croissant de compétences quantitatives au Royaume-Uni en général et dans le domaine de la recherche en sciences sociales en particulier, imputant cette situation à un décrochage amorcé dans les années 1990 qui avait conduit à amenuiser les ressources enseignantes en la matière . Elle insistait également sur la menace que constituait pour les étudiants ce manque de formation, autant du point de vue de leur insertion professionnelle que de celui de leur émancipation citoyenne. L’académie soulignait l’importance de l’appropriation des méthodes quantitatives pour le rayonnement des sciences sociales britanniques à l’heure de la « société numérique », de ses grandes bases de données librement accessibles et de l’exceptionnelle puissance de calcul désormais à portée de tous…

« Si la France m’était comptée… », La vie des idées, 31 août 2015. [À propos de Julie Le Gac, Anne-Laure Ollivier, Raphaël Spina, sous la direction d’Olivier Wieviorka, La France en chiffres de 1870 à nos jours, Paris, Perrin, 2015]

Premières lignes : Réalisé par Julie Le Gac, Anne-Laure Ollivier et Raphaël Spina, La France en chiffres est d’abord une prouesse documentaire. Il faut en effet d’emblée saluer cette entreprise éditoriale menée sous la direction d’Olivier Wieviorka, visant à produire « un panorama statistique aussi complet que possible de la France du grand XXe siècle » (p. 7). Les auteurs l’annoncent dès l’avant-propos : le premier objectif de ce livre était de faire gagner du temps aux enseignants et, par extension, aux chercheurs, journalistes, étudiants et « à tous ceux que l’histoire de France passionne ». Qui n’a pas fait l’expérience, à l’heure des big et open data, des difficultés à…

« La politique familiale, invention de Vichy ? », La vie des idées, 28 mars 2011. [À propos de Christophe Capuano, Vichy et la famille. Réalités et faux-semblants d’une politique publique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009]

Premières lignes : Encore un livre sur Vichy et la famille ? Le titre pourrait éloigner le lecteur pour qui tout aurait été dit sur la politique familiale de l’État français. Le sous-titre retiendra les curieux, et intéressera tous ceux qui considèrent que le rôle des sciences sociales n’est pas uniquement d’étudier les discours, au risque de les confondre avec la réalité, mais de les confronter aux pratiques. Ainsi, l’ouvrage de Christophe Capuano, version remaniée d’une thèse de doctorat en histoire soutenue en 2008 à l’université de Bourgogne, nous invite à réviser ce que nous pensions savoir de la famille sous Vichy.

« Chiffres et décisions », Cahiers Jaurès, n°193-194, juillet-décembre 2009, pp. 158-160. [À propos de Béatrice Touchelay et Philippe Verheyde (dir.), La genèse de la décision. Chiffres publics, chiffres privés dans la France du XXe siècle, Pompignac près Bordeaux, Bières, 2009]

Premières lignes : La rencontre entre histoire (de la statistique, de l’État ou encore des entreprises) et sciences de gestion, ne va pas de soit dans le paysage actuel de la recherche en sciences sociales. C’est pourtant le pari qu’ont fait Béatrice Touchelay et Philippe Verheyde en organisant, entre 2006 et 2008, les trois journées d’études qui sont à l’origine de La genèse de la décision. Sur un terrain tant privé que public, s’y trouvent ainsi mêlées des préoccupations qui ne se croisent que très rarement : celle du « chiffre », de sa production à ses usages sociaux ; et celle de la « décision », en tant que processus politique ou économique.

« Réformer l’État pour gouverner la société », La vie des idées, 02 novembre 2009. [À propos de Philippe Bezes, Réinventer l’État. Les réformes de l’administration française (1962-2008), Paris, PUF, coll. « Le lien social », 2009]

Premières lignes : Érigée en priorité par Nicolas Sarkozy dès le début de son mandat, la réforme de l’État est devenue une ardente nécessité gouvernementale. Les années 2000 ont ainsi vu les acronymes (LOLF, NPM, RGPP, etc.) et incantations néo-managériales (benchmarking, performance, incitation, etc.) s’imposer sur la scène politique et médiatique. La question, en réalité, n’est pas totalement nouvelle. Des Employés de Balzac aux Ronds de cuir de Courteline, l’ancienneté des critiques de l’administration ne fait aucun doute. Pourtant, malgré le renouveau de l’histoire et de la sociologie de l’État, la rareté des travaux sur les réformes de l’administration française reste frappante.

« À propos de Régis Boulat, Jean Fourastié, un expert en productivité : la modernisation de la France (années trente – années cinquante), Besançon, PUFC, 2008 », Vingtième siècle, 103, juil.-sept. 2009, p. 272-273.

Premières lignes : Version remaniée d’une thèse de doctorat d’histoire soutenue en 2006 à l’Université de Franche-Comté, l’ouvrage de Régis Boulat apporte une contribution significative à l’histoire économique et politique du second 20e siècle. Il s’agit, en effet, de la première biographie de l’inventeur des Trente Glorieuses : le parcours d’un Jean Fourastié qui fut à la fois « expert, vulgarisateur et professeur » (p. 264) y est retracé des années 1930 à 1950. Mais ce n’est pas le seul but de l’ouvrage. En s’inscrivant dans une démarche d’histoire intellectuelle, qui fait explicitement référence aux travaux fondateurs de Jean-Claude Perrot, Régis Boulat annonce dès l’avant-propos que « le but n’est pas l’homme, le milieu et l’œuvre, mais un ensemble illimité d’interactions entre ces niveaux » (p. 27). Le pari est réussi.

« L’administration au travail », La vie des idées, 26 février 2009. [À propos de « L’observation historique du travail administratif », Genèses. Sciences sociales et histoire, n°72, septembre 2008]

Si, à l’aube des années 1990, l’État restait « une sorte de non-objet historique » [1], depuis près de vingt ans les chercheurs en sciences sociales ont renouvelé les approches et les objets d’une histoire aujourd’hui en pleine expansion. Ce renouvellement relève d’abord d’une prise de conscience des historiens : « C’est par l’examen des pratiques administratives et des représentations que se font de leur mission les agents de l’État que l’on peut saisir le sens de leur action ». Il est ensuite le fruit d’une redécouverte de l’État par une science politique française qui fut longtemps « oublieuse de l’administration publique »

« Histoire et science politique. Les pratiques de l’interdisciplinarité », La vie des idées, 27 novembre 2008. [À propos de Michel Offerlé et Henry Rousso (dir.), La Fabrique interdisciplinaire. Histoire et science politique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008]

« Je ne suis pas certain d’être un bon historien, mais je suis sûr de ne pas être un bon économiste ». En 1990, Bernard Lepetit illustrait par cette phrase le fait qu’une « discipline ce n’est pas seulement un mode de structuration de la réalité décrite », mais c’est « également un métier, c’est-à-dire un ensemble de procédures éprouvées qui constituent une première garantie d’un discours cohérent ». Il proposait ainsi de définir l’interdisciplinarité comme « un processus maîtrisé d’emprunts réciproques, entre les différentes sciences de l’homme, de concepts, de problématiques et de méthodes pour des lectures renouvelées de la réalité sociale »

Working papers / Documents de travail

Des chiffres sans qualités ? Gouvernement et quantification en temps de crise sanitaire (avec Fabrice Cahen et Catherine Cavalin), document de travail, v1 du 29 mai 2020 [HAL Id : hal-01787042, version 1]

Résumé : Depuis le début de l’épidémie, nous sommes collectivement pris dans une double avalanche : un flot ininterrompu de chiffres (décompte quotidien des morts, tentatives de mesure de la surmortalité liée au Covid-19, projections et estimations sur l’évolution pandémique par des modèles divers, élaboration d’indicateurs permettant de comprendre la diversité des réactions et réactivités nationales, etc.), mais aussi de tribunes, billets, tweets et autres publications rapides émanant non seulement des éditorialistes rompus à l’exercice du commentaire d’actualité mais aussi de chercheuses et chercheurs en sciences sociales. Ces deux flux se rencontrent parfois autour d’une question dont nous avons fait, depuis quelques années, avec d’autres collègues, un objet de recherches : celle des liens entre nombres et gouvernement. En quoi est-il nécessaire de quantifier pour décrire, comprendre, prévoir et faire face à l’épidémie ? Sous quelles conditions et jusqu’à quel point les opérations de quantification peuvent-elles constituer un danger pour les populations ? Peut-on y voir un simple instrument de manipulation et de coercition aux mains du pouvoir ? Le temps des sciences sociales, et de l’histoire en particulier, n’est pas celui de la médecine d’urgence ou de l’épidémiologie de crise. Il nous semble scientifiquement et déontologiquement prématuré de développer des analyses définitives sur la crise que traverse actuellement la planète, notamment en prétendant porter un regard péremptoire sur la valeur des “chiffres du Covid-19” et le rôle qu’ils jouent dans la mise en place de politiques publiques et la gestion des populations qu’elles engagent. Pourtant, cela n’interdit pas de montrer en quoi certaines assertions qui circulent dans l’espace public paraissent particulièrement problématiques sur les plans intellectuel, politique, voire pratique sur la double question de la construction et de l’usage de données quantitatives. Si nous réservons nos analyses empiriques pour un temps plus apaisé, après avoir pris le recul qui s’impose pour une enquête systématique, nous souhaitons à travers cette contribution rappeler qu’il existe un vaste champ de recherches en histoire sociale et sociologie de la quantification, et qu’il n’est pas possible de s’en tenir à l’indignation, ni de clore la réflexion par des formules catégoriques, des amalgames ou des sophismes. En partant de quelques publications récentes de natures diverses (tribunes, entretiens…), principalement en langues anglaise et française (mais aussi espagnole et italienne), nous défendrons une approche de la quantification par l’histoire et les sciences sociales qui ne saurait se limiter à une association automatique


*Sont classés ici les articles publiés après procédure d’évaluation dite « par les pairs ».

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**Les articles classés ici ont bien été sélectionnés par les membres du comité de rédaction, mais sans procédure d’évaluation par les pairs à proprement parler.

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